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DATA CENTERS ET IA, DES FAITS, DES CHIFFRES ET DES QUESTIONS


L'exercice dans lequel je me suis lancé ci-dessous et que je partage avec vous a consisté à essayer de comprendre les différents aspects de la problématique des data centers, qui sont de plus en plus décriés, principalement aux États-Unis aujourd'hui. J'y aborde les impacts, en termes de ressources, environnementaux, économiques, financiers et de société (la question de l'emploi...), pour conclure sur la nécessité d'un débat et de choix politiques afin de maîtriser leur développement. Il y a un sens, au moins stratégique, à héberger des data centers, comme nous le verrons. En attendant, il faut bien comprendre à qui profiteront les investissements gigantesques dont on va parler et les retombées au niveau national et local en Europe, sachant que ces data centers continuent à être surtout utilisés et prévus pour les géants de la tech américains.


La France vient de signer un nouveau méga-investissement sur son sol dans les data centers, de 45 Milliards d’euros d’ici à 2031 (avec une ambition totale de 75 Mds€) avec le leader de la Tech japonaise, Softbank, confirmant son rang de n°1 des pays d’accueil européens et des investissements dans le domaine. La principale raison  étant l’attrait d’une énergie disponible, constante, décarbonnée et plutôt bon marché (nucléaire).

Les réactions à cette annonce, faite lors du sommet Choose France, le 1er Juin sont pour l’instant plutôt timides, voire inexistantes dans les médias grand public.

À l’inverse, aux Etats-Unis, la polémique autour de ces data centers n’est pas nouvelle, et a tendance à s’amplifier avec le temps, une grande majorité des américains étant aujourd’hui opposée à la poursuite de ces investissements gigantesques. Dans ce contexte, l’État américain, selon un article du 27 mai dans Le Grand Continent, « craint l’émergence d’un extrémisme « anti-technologique » »

L’IA est un accélérateur énorme de ces investissements dans le monde. Nous risquons bien, au-delà des sujets que j’évoquerai ci-dessous quand aux impacts directs sur l’environnement, les besoins en énergie, les bénéfices réels en termes économiques (au-delà de ceux des géants de la Tech), de vivre une véritable bulle en termes de sur-investissement de capacités. En parallèle, nous risquons une bulle financière de l’ordre de celle que nous avons connue en 1998-2000 à l’époque de la bulle internet.

L’annonce de l’investissement de Softbank m’a interpellé et fait réaliser que le sujet est de plus en plus présent dans des médias plus spécialisés, mais discuté sporadiquement seulement dans nos entourages et méritait de ce fait qu’on s’y plonge afin de mieux le décortiquer et comprendre ses enjeux.

En m’y attellant, j’ai vite réalisé à quel point le sujet est extrêmement complexe, comme beaucoup de sujets touchant aux nouvelles technologies et leurs impacts divers et variés sur l’avenir de nos sociétés et de nos vies.

Au final, ce qui ressort de ce que j’ai pu trouver, lire et synthétiser ci-dessous est que nos sociétés sont face à des choix nécessairement politiques quand au développement de ces data-centers, choix qui vont d’ailleurs s’étendre jusqu’à la régulation possible de l’utilisation finale de nos Iphone, tablettes et ordinateurs, que ce soit au niveau professionnel ou privé.

 

La question de savoir à qui profiteront ces data centers sur le long terme reste à voir. Il est clair que les méga-acteurs américains et autres géants de la tech tels Softbank veulent « préempter » les capacités électriques françaises et européennes et en capteront la plus grande partie de la valeur ajoutée, les data centers installés en Europe n’étant finalement que des comptoirs électriques servant aux géants US de l’IA générative, dont les bénéfices ne resteront pas chez nous. Les effets positifs économiques locaux se réduiront-ils donc à ceux de quelques électriciens et sociétés de gardiennage ??

Pour faire cette synthèse, je me suis appuyé sur de multiples sources, dont les Échos, La Tribune, The Atlantic, le Grand Continent, Le Monde, Le Monde Diplomatique, le site du géant de la distribution d’eau, Véolia, les site de l’ADEME ou du RTE et je citerais ces sources tout au long de l’article.


DES FAITS ET DES CHIFFRES


Comme on le sait, derrière l’apparente immatérialité du numérique se cachent des infrastructures énergivores : en électricité, mais aussi en eau pour le refroidissement.

 

Demande mondiale de capacités des data centers : Selon le site du groupe Véolia, la demande de capacité des data centers devrait tripler d'ici 2030, en raison de l'expansion rapide des infrastructures numériques à grande échelle, du cloud et de l'IA.

 

Nombre de Data Centers en France : d’après une étude de l’ADEME (l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) de janvier 2026, l’organisme recense 352 data centers en activité.

 

Consommation électrique :

·      D’après RTE, leur consommation électrique totale est de 10 térawattheures (TWh) par an. Pour rappel, 1 TWh (soit 1000 GW) équivaut à 1 milliard de KWh. En 2025, la consommation électrique totale en France s’élevait à 449 TWh. Les data centers représentent donc 2,2 % de cette consommation annuelle, soit l’équivalent de l’électricité consommée par 9 à 10 agglomérations de plus de 100 000 habitants pendant un an.

·      Selon Hubblo, une plateforme SaaS, permettant de récolter les données de consommation d'énergie, un data center classique consomme environ 10 MW d’éléctricté par an. Or, compte tenu de la puissance de calcul énorme requise par l’IA générative, les nouveaux data centers en projet consommeront 100 fois plus d’électricité chacun, soit près de 1 GW par an, ou l’équivalent de la production d’une centrale nucléaire.

·      Les projets annoncés la semaine dernière concernent 7 à 8 GW, en plus de 14 GW déjà prévus.

·      Cela signifierait un besoin de 8 à 9 réacteurs nucléaires en France, et un doublement de la part de l’utilisation électrique en France des data centers à 4% du total d’ici à 2035.


Consommation en eau : Selon le Forum Économique Mondial (WEF), un data center de 1 MW peut consommer jusqu’à 25,5 millions de litres d’eau par an rien que pour le refroidissement, soit l’équivalent de la consommation quotidienne de près de 300 000 personnes. D’après Véolia, d’ici 2030, la consommation totale d’eau des data centers et de la fabrication de semi-conducteurs devrait égaler celle de 46 millions de personnes, soit environ la population combinée des zones métropolitaines de New York, Los Angeles et Paris.


À quoi servent-ils concrètement ?

Les data centers sont devenus le socle de nombreux usages quotidiens : services publics dématérialisés, outils professionnels, plateformes de loisirs, commerce en ligne, réseaux sociaux… et intelligence artificielle, devenue majoritaire en quelques années. Une dépendance structurelle s’est installée. Certes, à l’échelle historique, cette dépendance est récente. Mais elle est néanmoins profonde. L’explosion des usages numériques, portée principalement par le développement de l’IA, entraîne une augmentation rapide des besoins en capacités de calcul et de stockage.


OÙ LES CONSTRUIT-ON ET POURQUOI ?


En Europe : une électricité abondante et décarbonnée

C’est la disponibilité d’une électricité abondante (la France est exportatrice), stable et décarbonée, grâce au parc de centrales nucléaires d’EDF, qui a convaincu SoftBank de choisir l’Hexagone. La procédure accélérée dite « fast track » lancée en mai 2025 par RTE, l’opérateur du réseau de transport d’électricité, a également joué. Elle a permis d’identifier huit sites adaptés aux centres de données de plus de 400 mégawatts (MW) et raccordables au réseau plus rapidement qu’avec une procédure classique. Les trois sites des Hauts-de-France retenus par le groupe japonais faisaient partie de cette liste.



Un enjeu stratégique et politique

On y reviendra plus loin, mais on a clairement l’impression que l’implantation de data centers sur un territoire national (vrai pour la France, mais aussi pour d’autres pays européens qui concourent pour ces investissements) relève davantage de questions stratégiques plutôt que de questions économiques, et surtout d’une question « d’indépendance numérique ». Ainsi, sur son site, l’ADEME titre sa réflexion sur le sujet « La souveraineté numérique en question ».


Selon l’organisme, de nombreux services utilisés en France reposent sur des data centers physiquement situés à l’étranger. Cette réalité soulève un enjeu important de souveraineté numérique. Maîtriser ses données, garantir leur sécurité et limiter la dépendance à des infrastructures étrangères suppose de disposer de capacités de traitement sur son propre territoire.

D’après le site de RTE, « 92 % des données des pays occidentaux auraient été stockées aux États-Unis à la fin des années 2010. Depuis, les règles européennes sur la protection des données personnelles ont accéléré le développement de capacités d’hébergement en Europe. Les grands acteurs du numérique cherchent désormais à localiser leurs infrastructures au plus près de leurs utilisateurs européens. Les data centers sont ainsi devenus un enjeu de souveraineté numérique: les règles européennes pour un numérique responsable et des usages éthiques de l’intelligence artificielle seront plus difficilement applicables aux data centers situés en dehors de l’Union européenne. »


Enfin, en ce qui concerne l’impact environnemental, et selon l’article de Sébastien Broca dans le Monde Diplomatique cité plus bas, l’enjeu est avant tout réglementaire. « En matière environnementale, le droit européen exige des acteurs économiques qu’ils publient des données à propos des conséquences de leurs activités. La directive européenne relative à l’efficacité énergétique (DEE) impose par exemple aux grands centres de données de se doter de systèmes d’évaluation et de suivi, afin de renseigner leur consommation énergétique au sein d’une base de données commune. » Ce qui n’est pas le cas, en l’occurrence, aux Etats-Unis par exemple.


IMPACTS TECHNOLOGIQUES ET ÉCONOMIQUES


Des créations d’emplois ?


D’après La Tribune (4/03/26 mis à jour le 1/06), en matière d’emploi, le nombre de postes directs reste faible, surtout comparé aux montants investis ou aux effectifs des anciens sites industriels. « Cela ne fait pas rêver : un data center génère en moyenne quelques dizaines d’emplois permanents », souligne Thésée Data Centers, une entreprise spécialisée dans le domaine. L’ordre de grandeur avancé est d’environ un emploi par mégawatt installé, même si cela varie selon le profil des clients et l’intensité des usages. Les acteurs mettent donc en avant les retombées indirectes, parfois confondues dans leur communication avec les emplois directs. « Les opérateurs sont avant tout de grands acheteurs industriels », précise Antoine Fournier, PDG de Thésée. Sur les chantiers, l’effet est plus visible : « Lors d’une phase de construction, le nombre de personnes mobilisées peut représenter plusieurs fois l’effectif permanent du site. » Ce sont donc chez les constructeurs et les fournisseurs de matériaux électriques comme Vinci et Schneider qu’il faudrait, selon lui, réellement calculer l’impact sur l’emploi. Mais l’étape de construction ne dure pas éternellement…

Dans un article de Matteo Wong dans « The Atlantic », « Inside the Dirty, Dystopian World of AI Data Centers », il cite le cas de la Virginie, état très dense en data centers.

Le comté de Loudoun, dans cet état, possède la plus forte concentration de centres de données au monde, avec 199 centres déjà opérationnels et une trentaine d'autres en construction. Selon un rapport, 13 % de la capacité mondiale des centres de données se concentre sur les 1 350 km² du comté. Une zone particulièrement dense est surnommée « l'allée des centres de données ».

Les centres de données emploient généralement quelques dizaines de personnes seulement, mais leur construction a généré un flux constant d'emplois. Ils contribuent également à hauteur de près de 40 % au budget du comté, finançant notamment la police, les écoles et les parcs pour une population en croissance continue depuis 2010.


Des risques de défaillances non négligeables


La consommation des centres de données en eau et électricité, nécessaires pour refroidir les machines, croît d’autant plus que les fournisseurs de services mettent tout en œuvre pour éviter ce que l’on appelle, dans l’industrie, un « noir complet » : la panne générale, due à un défaut d’alimentation électrique, une fuite d’eau dans le système de climatisation, un bug informatique… En 2017, par exemple, une panne géante dans un centre de données de la compagnie British Airways a conduit à l’annulation de 400 vols et bloqué 75 000 passagers à l’aéroport de Heathrow, à Londres. Une défaillance durable des serveurs Amazon poserait un grave problème économique en Occident.


Des coûts de fonctionnement énormes en raison de ce risque «noir complet»


Dans un contexte sans cesse plus concurrentiel, de nombreuses sociétés d’hébergement s’engagent à ce que leurs infrastructures fonctionnent 99,995 % du temps, soit vingt-six petites minutes d’indisponibilité du service par an. Pour tendre vers la disponibilité absolue, les hébergeurs multiplient les précautions. Ils pratiquent d’abord la « redondance » des réseaux de distribution d’énergie. « Tu te retrouves avec deux arrivées électriques, deux groupes électrogènes et des salles remplies de batteries au plomb vastes comme des bibliothèques municipales pour assurer la continuité entre la panne et le moment où les groupes vont prendre le relais », explique Paul Benoit, de Qarnot Computing. Une logistique souvent gigantesque accompagne ce dispositif. En clair, « il n’y a pas de bâtiment qui, au mètre carré, coûte plus cher qu’un centre de données de haut niveau ».

Et, comme si cela ne suffisait pas, les hébergeurs dédoublent également les centres de données eux-mêmes. Lors d’une conférence donnée autour de 2010, des ingénieurs de Google auraient expliqué que la messagerie Gmail était dupliquée six fois, tandis que la règle générale veut qu’une vidéo de chats soit stockée dans au moins sept centres de données à travers le monde. L’industrie est donc hantée de « serveurs zombies », aussi gloutons que les autres.

Enfin, les hébergeurs surdimensionnent les infrastructures pour anticiper les pics de trafic. Résultat, «si un routeur fonctionne à 60 % de sa capacité, c’est un maximum», estime la chercheuse en informatique Anne-Cécile Orgerie. Corollaire de cette intempérance, une fantastique gabegie électrique. Une vieille enquête du New York Times (22 septembre 2012) révélait que certains centres de données trop peu utilisés pouvaient même gaspiller jusqu’à 90 % de l’électricité qu’ils consommaient. Lors d’une conférence donnée fin 2019 au salon Data Centre World (l’un des grands rassemblements des professionnels du cloud), à Paris, un cadre fit cette déclaration sidérante : « Nous nous sommes rendu compte que les centres de données allaient capter un tiers de l’électricité du Grand Paris. »


Un risque de sur-investissement et de bulle financière ?


Toujours d’après l’article de Matteo Wong dans « The Atlantic » cité plus haut, pour les années à venir, la course à l'intelligence artificielle devrait être le principal moteur de la croissance annuelle d'environ 2 % de la demande d'électricité aux États-Unis, qui stagne depuis près de vingt ans. À l'échelle nationale, il ne s'agit pas d'une crise ; à l'échelle régionale, la situation pourrait être différente. Dominion Energy, le principal fournisseur d'électricité de Virginie, prévoit une croissance de 5,5 % par an, la demande globale d'électricité doublant d'ici 2039. D'ici la fin de la décennie, l'entraînement du modèle d'IA le plus puissant du secteur pourrait nécessiter autant d'électricité que des millions de foyers américains.

En Chine, des centaines de centres de données ont été annoncés depuis 2023, et d'autres installations sont prévues sous l'océan et dans le désert. Le plus grand atout de la Chine dans la course à l'IA ne réside ni dans le talent de ses ingénieurs logiciels ni dans le nombre de ses centres de données, mais dans son abondance énergétique : en 2024, le pays a produit presque autant d'électricité que les États-Unis, l'Europe et l'Inde réunis.

Le président Trump a déclaré que le pays était confronté à une « urgence énergétique » et a insisté sur la nécessité de construire davantage de centrales électriques pour que les États-Unis remportent la course à l'IA. Un cadre supérieur d'OpenAI estime que les États-Unis devaient exploiter toutes les ressources à leur disposition : panneaux solaires, turbines à gaz naturel, réacteurs nucléaires. Anthropic, principal concurrent d'OpenAI, a publié un rapport préconisant la simplification des procédures d'autorisation pour les centres de données et les centrales électriques afin de rester compétitifs face à la Chine.

Pourtant, une crise énergétique liée à Internet ne s'est jamais concrétisée, contrairement à ce qui était craint à l’époque : dans les années 1990, alors que le déploiement de la fibre optique était lancé à Loudoun, les entreprises énergétiques ont construit davantage de centrales au charbon et au gaz. « Creusez plus de charbon ! Les PC arrivent ! », titrait Forbes en 1999. Face à une demande qui n'a pas suivi, le pays s'est retrouvé avec un surplus de centrales à gaz et de nombreuses entreprises énergétiques en faillite.


L'essor de l'IA générative pourrait lui aussi se révéler être une bulle spéculative. Cette technologie demeure extrêmement coûteuse, principalement en raison du prix des puces informatiques de pointe, et aucune entreprise spécialisée en IA n'a, à ce jour, présenté de modèle économique convaincant. Une piste de rentabilité pourrait résider dans des algorithmes plus performants, ce qui permettrait de se passer des nouvelles centrales à gaz. Et si l'IA ne se révèle pas aussi révolutionnaire que le prévoient les experts, des pans entiers de centres de données pourraient rester inutilisés ou inachevés, vestiges d'un avenir qui n'aura jamais vu le jour.


Des investissements record, du jamais vu en termes de montants et de rapidité…


Les montants investis dans l’IA sont sans précédent — rendant compte à eux seuls d’un tiers de la croissance américaine —, et concernent en grande partie les infrastructures dont les data centers. Dans l’IA, le ticket d’entrée est au trilliard (millier de milliards) de dollars. Morgan Stanley anticipe que le secteur en jettera trois dans la fournaise sur la période 2025-2029. Goldman Sachs, quand à eux, estiment que si les investissements supplémentaires représentaient 2 à 3 % du PIB, à l’instar du développement des infrastructures ferroviaires et automobiles, les dépenses d’investissement des « hyperscalers » atteindraient environ 1 100 milliards de dollars en 2027 (soit une croissance de 45 %).

Afin de répondre à ces besoins, les leaders de la Tech montent des tours de table circulaires, ajoutant par là un énorme risque de concentration du poids de ces investissements. Le 31 mars dernier, OpenAI a ainsi finalisé une levée de capitaux hors norme de 122 milliards de dollars. Amazon y contribue pour 50 milliards, en contrepartie de quoi OpenAI s’engage à 100 milliards de commandes d’utilisation du cloud d’Amazon Web Services (AWS). Pendant ce temps, OpenAI et AWS passent de prodigieuses commandes de puces à Nvidia. Ce dernier entrant dans le tour de table du premier à hauteur de 30 milliards. Les relations d’actionnaires passent dans les relations de clientèle et réciproquement, dans une figure d’ensemble qui fait, penser, selon Frédéric Lordon, économiste, auteur de « La Crise de trop », à celle de l’Ouroboros : le serpent annulaire qui se mord la queue. Une seule coupure quelque part, et la chambre à air s’effondre tout à plat. (Le Monde Diplomatique, mai 2026)



Or ce ne sont pas les perspectives de coupure qui manquent. L’Ouroboros ne fonctionne pas qu’en matière de capital mais aussi en matière de dette. OpenAI a ainsi réussi cette performance de faire s’endetter ses partenaires pour leur faire créer les infrastructures de son propre développement, en échange d’engagement de commandes à venir — montant : 100 milliards de dollars. L’édifice entier repose sur l’horizon temporel de matérialisation des profits, indiqué par M. Sam Altman lui-même à propos d’OpenAI : 2030. Sous l’hypothèse implicite d’une sorte de décollage accéléré, puisqu’on passerait d’un chiffre d’affaires de 20 milliards de dollars aujourd’hui à 200 milliards en 2030. Incidemment, les profits annoncés par M. Altman à cet horizon, les analystes de HSBC peinent visiblement à les discerner, prévoyant plutôt un déficit persistant à combler de l’ordre de 200 milliards de dollars, du fait de coûts de calcul astronomiques (pour un cumul de 1,4 trilliard $ à l’horizon 2033) et d’une facture de location de data centers de 620 milliards. Comment ne pas s’interroger sur la capacité du système financier à porter un risque aussi colossal sur une durée aussi longue ? Un seul loupé dans les rendez-vous de profitabilité ou les étapes de refinancement, et tout vole en éclats.

Pour ceux d’entre nous qui sommes un peu plus familiers des marchés financiers, le fait que les actionnaires de Open AI, Anthropic, Space X (qui possède X AI) aient décidé de vendre une partie de leurs titres  sur le marché dans les mois qui viennent (en ce moment en ce qui concerne Space X), est un bon indicateur du fait qu’on approche de la fin du cycle haussier du marché américain…


IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX


Les chiffres sont édifiants : l’industrie numérique mondiale consomme tant d’eau, de matériaux et d’énergie que son empreinte représente trois fois celle d’un pays comme la France ou le Royaume-Uni. Les technologies digitales mobilisent aujourd’hui 10 % de l’électricité produite dans le monde et rejetteraient près de 4 % des émissions globales de dioxyde de carbone (CO2), soit un peu moins du double du secteur civil aérien mondial. « Si les entreprises du numérique se révèlent plus puissantes que les pouvoirs de régulation qui s’exercent sur elles, le risque existe que nous ne soyons plus en mesure de contrôler leur impact écologique », avertit M. Jaan Tallinn, le fondateur de Skype et du Future of Life Institute, qui travaille sur l’éthique des technologies.



EAU


Consommation, des chiffres


D’après les Échos, en France, selon un rapport de l'Arcep cité par France Info, « le volume d'eau prélevé par les centres de données [en France] atteignait déjà 681 millions de litres » en 2023, un volume en croissance soutenue (+19 %) et constitué en « quasi-totalité » d'eau potable. Pour fonctionner, un data center a aussi besoin d'électricité fabriquée en partie par des centrales hydroélectriques, là aussi il faut des milliers de litres d'eau. D'après un rapport européen, ce volume dit « consommé » était de 400 millions de litres d'eau en France toujours en 2023.

Le site de Véolia explique pourquoi l’eau est essentielle au fonctionnement des data centers. Elle est au cœur de nombreux systèmes de refroidissement – groupes froids, tours aéroréfrigérantes ou encore refroidissement liquide – et les volumes nécessaires sont colossaux

D’après le Échos en date du 18 mai 2026, un data center peut consommer jusqu'à 19 millions de litres d'eau par jour, et les data centers sont de plus en plus gourmands en eau. Cette demande exerce une forte pression sur les territoires, surtout dans les zones déjà confrontées au stress hydrique ou lorsqu’un grand nombre de data centers sont concentrés. Dans certaines régions arides comme en Arizona, leurs besoins ont même explosé de plus de 800 %. Rien que dans la région de Phoenix, 14 milliards de litres d'eau ont été nécessaires en 2025 pour assurer ce refroidissement

Dans un contexte de changement climatique marqué par des températures moyennes plus élevées et des épisodes de sécheresse plus fréquents, la “soif” des data centers devient un enjeu crucial, alors que leur nombre explose pour répondre aux besoins toujours plus gourmands des modèles d'IA en quête de puissance de calcul.

Le développement rapide de l'intelligence artificielle et l'expansion des centres de données associés ne feront en effet qu'accentuer ce problème. On estime que GPT-3, un modèle d'IA, consomme 500 ml d'eau pour 10 à 50 réponses.

D'ici 2027, la demande mondiale en IA devrait représenter un prélèvement d'eau de 4,2 à 6,6 milliards de mètres cubes, soit plus de 4 à 6 fois le prélèvement annuel total d'eau du Danemark.


Constat similaire en France


Mais le vrai souci avec cette consommation d'eau, c'est qu'elle n'est pas recyclée. 70 % à 80 % de l'eau utilisée pour refroidir les serveurs est tout simplement perdue sous forme d'évaporation dans l'air. D’après le site de Véolia, le reste est rejeté vers les stations d’épuration municipales.


Priorité à la réutilisation de l’eau, tout en préservant sa qualité


Toujours d’après Véolia, des alternatives existent : les systèmes de refroidissement en circuit fermé, où l’eau circule en continu et est refroidie avant d’être réutilisée. Ces solutions permettent de réduire la consommation d’eau tout en optimisant les processus industriels. Leur efficacité repose cependant sur une condition : un traitement de l’eau adapté.

Une eau non traitée peut engendrer de nombreuses difficultés. La présence de solides en suspension peut, par exemple, perturber les débits et la répartition des fluides. Les particules peuvent se loger dans des composants comme les vannes, accélérer la corrosion ou entraîner la formation de boues. Par ailleurs, les biofilms peuvent créer des couches isolantes qui réduisent le transfert de chaleur, tandis que la corrosion et l’érosion par les débris peuvent diminuer la durée de vie des équipements.

Ces effets indésirables peuvent être corrigés grâce à des traitements chimiques.



L’impact environnemental des traitements chimiques


Traditionnellement, le traitement de l’eau dans les data centers a reposé en grande partie sur l’usage de produits chimiques tels que le chlore, qui posent des problèmes significatifs en matière d’impact écologique et de sécurité opérationnelle. Leur manipulation et leur stockage dans les installations représentent des risques, et l’utilisation de biocides ou de produits chimiques classiques peut générer des pollutions et nuire aux écosystèmes aquatiques si elle n’est pas correctement maîtrisée.

Cependant, il existe aujourd’hui des méthodes et des produits alternatifs, moins contraignants sur le plan opérationnel et moins nocifs pour l’environnement. Parmi les approches de traitement les plus couramment utilisées figurent désormais l’adoucissement de l’eau, l’osmose inverse et la nanofiltration directe.


Une utilisation efficace de l’eau


Il ne suffit pas pour les data centers d’utiliser une eau propre et traitée de manière durable et performante : les systèmes de refroidissement eux-mêmes doivent fonctionner de façon efficiente afin de réduire la pression environnementale liée à leur consommation. Dans ce cadre, les systèmes de refroidissement en circuit fermé, intégrant le recyclage des eaux usées ou la récupération des eaux de pluie, peuvent jouer un rôle clé et permettre de réduire de 50 à 70 % l’utilisation d’eau douce.

Adopter ce type de stratégie de gestion circulaire de l’eau sera incontournable pour faire face aux pressions environnementales, à mesure que la demande en data centers continue de croître. En effet, au vu des volumes astronomiques d’eau consommés pour le refroidissement, même de petites améliorations peuvent avoir un impact considérable.

« En adoptant une approche holistique de la gestion de l’eau, les data centers pourront économiser des ressources sur l’ensemble de leur cycle de fonctionnement, où l’eau intervient à toutes les étapes. Dans un contexte où la durabilité, la rareté de l’eau, la réutilisation et l’efficacité des ressources sont scrutées de près, il est essentiel que les data centers adoptent une démarche proactive. »


En tout état de cause, une usine à gaz… 


ÉNERGIE


Des besoins colossaux au niveau global


Eric Schmidt, ancien PDG de Google, s’exprimait devant les parlementaires américains en avril 2025 : "Ce dont on a le plus besoin, c'est de l'énergie, dans des proportions colossales. Ce qu'on attend de vous, c'est de l'électricité sous toutes ses formes, renouvelable, non renouvelable, peu importe, l'important c'est d'en avoir beaucoup et que ça arrive vite." Selon lui, les États-Unis auront besoin de l'équivalent de 67 centrales nucléaires d'ici 2030 pour alimenter leurs data centers. Or il faut entre 12 et 15 ans pour construire une centrale nucléaire. La France, elle, a déjà l'électricité. Cela dit, nos capacités sont appelées à être de plus en plus sollicitées par d’autres utilisations (telles que le développement des véhicules électriques) et des arbitrages seront sans doute nécessaires à un moment ou un autre.


Source AleaSoft


Une empreinte carbone de l’AI difficile à mesurer


D’après Sébastien Broca, Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris-VIII, dans un article du Monde Diplomatique, la Silicon Valley ne publie pas de données sur le sujet. « ChatGPT consomme beaucoup d’énergie. Cependant, quantifier avec précision l’empreinte énergétique de chaque utilisation relève de la gageure. L’électricité consommée pour satisfaire une requête particulière dépend d’une foule de variables : le modèle d’intelligence artificielle (IA) utilisé, la complexité de la demande, le centre de données vers lequel elle est dirigée. Quant aux émissions de dioxyde de carbone (CO2) occasionnées, elles fluctuent en fonction de la source d’électricité, qui varie d’un endroit à l’autre, mais aussi d’un moment de la journée à l’autre. Pour corser le tout, nombre de ces éléments sont impossibles à connaître. OpenAI ne révèle ni le nombre de paramètres de ses modèles les plus récents, ni les centres de données où il traite les demandes de ses utilisateurs, ni les sources d’énergie employées pour alimenter ses infrastructures. L’empreinte énergétique d’une requête ChatGPT s’apparente à une énigme conçue de manière à ce que personne ne puisse la résoudre. »


Le mystère qui entoure OpenAI n’est pas un phénomène isolé. Tous les principaux acteurs de l’IA se retranchent aujourd’hui derrière l’argument du secret industriel pour livrer le moins d’informations possible sur l’impact énergétique (et, plus largement, environnemental) de leurs technologies. Après l’irruption de ChatGPT en décembre 2022, les entreprises du secteur ont drastiquement réduit les informations communiquées au public et aux chercheurs indépendants. Le géant des semi-conducteurs Nvidia n’est pas plus disert. Impossible de connaître l’empreinte carbone de ses processeurs graphiques (GPU) et leur taux de renouvellement, alors même qu’ils se comptent par milliers dans les grands centres de données qui accélèrent l’essor de l’IA.


Les géants de la tech ont tout de même été obligés d’admettre qu’ils ne pourraient probablement pas tenir leurs objectifs annoncés en matière climatique. Selon le dernier rapport environnemental de Microsoft, ses émissions de gaz à effet de serre « réelles » — c’est-à-dire occasionnées par l’ensemble de ses activités, sans tenir compte des mécanismes de compensation — ont plus que doublé entre 2020 et 2024! De fait, l’industrie numérique ne peut aujourd’hui se passer de sources d’énergie fortement carbonées, comme le charbon et le gaz naturel. Aux États-Unis, de nombreux centres de données sont installés en Virginie, en Virginie-Occidentale et en Pennsylvanie, des États où les énergies renouvelables sont peu développées. Les investissements récents des entreprises technologiques dans le nucléaire — depuis la réouverture de la vieille centrale de Three Mile Island jusqu’aux projets hautement spéculatifs autour de la fusion — ne laissent par ailleurs planer aucun doute quant à la croissance à venir de leurs besoins énergétiques.


Au flou entretenu concernant l’empreinte environnementale de leurs technologies, les géants du secteur ajoutent une deuxième stratégie. Des dirigeants comme MM. Sam Altman (OpenAI), Dario Amodei (Anthropic) ou Eric Schmidt (ancien président de Google) prétendent que l’IA résoudra, à terme, les problèmes liés au réchauffement climatique.


Pour réduire la consommation énergétique de l’IA, il faudrait commencer par la quantifier. Le jeune chercheur néerlandais Alex de Vries anime le site Digiconomist, créé en 2014 afin de documenter les effets environnementaux du Bitcoin. On lui doit l’estimation selon laquelle ChatGPT consommerait dix fois plus d’électricité que le moteur de recherche de Google, un chiffre repris depuis sa publication en 2023 par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Dans un article plus récent, Vries estime que l’IA nécessite déjà autant d’électricité qu’un pays comme la Suisse et qu’elle représentera bientôt 50 % de la consommation électrique des centres de données au niveau mondial. En France, le cercle de réflexion The Shift Project, créé à l’initiative Jean-Marc Jancovici, avance des chiffres comparables. Les data centers pourraient d’ici à quelques années être responsables de 2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont près de 1 % pour l’IA uniquement.


Sur ces questions, la chercheuse canadienne Sasha Luccioni excelle. Chargée de la question du climat au sein de l’entreprise franco-américaine Hugging Face (qui promeut l’IA open source contre les modèles fermés des grands acteurs du secteur), elle a montré dès 2023 que l’empreinte carbone de l’IA était deux fois plus importante qu’estimé, si l’on prenait en compte toutes les étapes de la construction du modèle, depuis la fabrication des équipements jusqu’aux usages finaux. Classée en 2024 par le magazine Time parmi les « cent personnalités les plus influentes en matière d’IA », elle utilise aujourd’hui sa notoriété pour dénoncer le manque de transparence des grandes entreprises technologiques et défendre le développement de modèles d’IA plus frugaux.

Luccioni fonde son engagement sur cette conviction : si le public savait combien d’énergie consomme chaque requête, estime-t-elle, il se montrerait «plus réticent à utiliser l’IA pour des tâches superflues comme la recherche de la capitale d’un pays». Dans cette perspective, l’idée a germé de créer un « éco-score » de l’IA, suivant le modèle de l’étiquette-énergie attribuée aux produits électroménagers, du Nutri-Score figurant sur l’emballage des produits alimentaires ou des données sur la consommation de carburant des véhicules. Cela permettrait, croit-on, d’orienter les consommateurs vers des usages plus soutenables.


En matière de réchauffement climatique ou de réduction des pollutions chimiques, la régulation par l’information du marché a échoué. On ne voit pas pourquoi il en irait différemment s’agissant de l’IA, un domaine où l’évolution des usages dépend moins des demandes éclairées des utilisateurs que des acteurs de la tech, qui poussent à l’intégration de leurs solutions dans l’ensemble des secteurs économiques et des tâches de la vie quotidienne.


AUTRES IMPACTS SUR L’ENVIRONNEMENT ET LE FONCIER


Le gigantesque investissement de SoftBank, qui prévoit d’ajouter 2 GW supplémentaires après la fin de la première phase en 2031, et les autres projets de Choose France nourriront les critiques sur l’impact environnemental et foncier de ces usines numériques géantes, déjà très présentes en France. Des voix s’élèvent aussi pour souligner le risque que les ressources énergétiques de l’Hexagone soient accaparées par ces centres de données, souvent détenus par des capitaux étrangers, au détriment d’autres usages, comme l’électrification des transports ou de l’industrie.

À titre d’exemple, d’après Le Monde (30/05/26), Google ambitionne d’implanter dans l’Indre un gigantesque centre de données, le premier qu’il détiendrait en nom propre sur le territoire français. Et s’attire les critiques d’un collectif qui tente d’empêcher sa construction. L’emprise foncière de 195 hectares y est réservée depuis juillet 2025 au bénéfice de sa filiale française Tricolore Computing pour accueillir, à terme, des milliers de serveurs informatiques. Il s’agirait du premier data center en nom propre détenu sur le territoire français par Google, dont la pratique était jusqu’à présent de louer des clouds à d’autres partenaires, notamment en Ile-de-France.

Selon les prévisions de Google, l’implantation de son centre de données dans l’Indre, échelonnée en plusieurs phases, atteindrait à pleine capacité une puissance électrique oscillant entre 880 mégawatts et 1,1 gigawatt, équivalent peu ou prou à celle d’un réacteur nucléaire classique, comme on l’a vu plus haut. Invité à détailler son projet en région Centre-Val de Loire, Google France n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde. Une discrétion source de crispation, localement, tant sur les sujets liés à l’emploi que sur l’accaparement des ressources en terres et en eau, ciment des oppositions qui émergent.


UNE QUESTION HAUTEMENT POLITIQUE AU FINAL


En guise de conclusion, sur un sujet extrêmement complexe et finalement clivant, j’ai décidé, pour garder un semblant de neutralité factuelle, de vous synthétiser et reproduire le rapport de l’ADEME sur l’avenir des data centers en France et des 5 choix qui se posent à notre société, une façon non pas de botter en touche, mais de poser le sujet en termes de choix à exprimer par nous-mêmes et nos représentants.

Mais d’abord un petit détour par l’Irlande…


L’exemple irlandais


Le site professionnel ZD Net, dans un article publié le 8 juin 26, titre : « Data centers : l'Irlande s'asphyxie et impose le « Bring Your Own Power » aux géants de la Tech ».

Face à une consommation qui dépasse celle des foyers urbains, l'Irlande met fin aux raccordements et oblige les géants du cloud à déployer leurs propres sources d'énergie pour continuer à s'étendre. Après avoir imposé un moratoire de près de trois ans interdisant la construction de nouveaux data centers, le gouvernement assouplit sa politique, mais sous une condition stricte : le principe du B.Y.O.P. pour « Bring Your Own Power » (apportez votre propre énergie).

Désormais, toute création ou extension de site nécessite que l'opérateur fournisse sa propre centrale de production ou signe des contrats d'approvisionnement exclusifs pour de nouvelles sources d'énergie renouvelable à proximité. Il est donc devenu impossible de simplement se brancher sur le réseau national public.

Cette décision intervient alors que la concentration des infrastructures atteint un seuil critique pour la population et les entreprises locales, note le Wall Street Journal. Les centres de données absorbent aujourd'hui 21 % de l'électricité totale produite dans le pays, une proportion qui franchit la barre des 50 % dans la région de Dublin et le comté voisin de Meath.

Pour l'État irlandais, l'enjeu est de maintenir l'attractivité du territoire sans provoquer la colère des citoyens ni bloquer le développement urbain. Les entreprises technologiques américaines représentent une manne financière cruciale, totalisant environ 22 % des recettes fiscales du pays en 2024. Pourtant, la coexistence devient problématique sur le plan des infrastructures locales de distribution.

Et l'Irlande n'est pas la seule dans ce cas. Au point que la situation irlandaise sert de laboratoire pour d'autres régions du monde également confrontées à cette crise de croissance, de la Virginie aux États-Unis jusqu'à des pays comme l'Inde ou le Mexique, qui s'inquiètent de la pression exercée sur l'électricité et les ressources en eau.


Rapport de l’ADEME, Janvier 2026


Consommation électrique des data centers : 5 scénarios pour demain


Parce que les data centers sont devenus incontournables, l’ADEME explore cinq trajectoires possibles d’évolution de la consommation électrique des data centers en France à l’horizon 2035, puis 2060. Sobriété, organisation territoriale, pari technologique ou course en avant : ces différents scénarios présentent des écarts majeurs, en termes de souveraineté et d’émissions de CO2 en France et à l’étranger. Et les décisions prises aujourd’hui influeront durablement sur l’avenir.


À quoi ressemblera la consommation des data centers d’ici 2060 ?


Pour éclairer les choix possibles, l’ADEME a modélisé cinq scénarios d’évolution de la consommation électrique des data centers. Ils ne constituent pas des prédictions, mais des trajectoires cohérentes, fondées sur différents choix de société, d’usages et de politiques publiques.


Scénario tendanciel : si on ne change rien


Dans ce scénario, les tendances observées aujourd’hui se prolongent. Le nombre de data centers augmente fortement, tout comme leur consommation électrique. L’intelligence artificielle, le cloud et la multiplication des services numériques constituent les principaux facteurs de cette croissance. Cette trajectoire se traduit par une hausse rapide des émissions de gaz à effet de serre et par des tensions accrues sur les ressources énergétiques, hydriques et foncières. À court terme, ce développement peut s’envisager sans contrainte majeure sur le système électrique français, qui est largement exportateur d’électricité depuis plusieurs années. Mais il apparaît difficilement compatible avec les objectifs climatiques. En effet, dans ce scénario la consommation d’électricité induite par les usages français pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035. Et près des deux tiers de cette consommation auraient lieu à l’étranger, dans des pays dans lesquels les mix électriques sont en moyenne beaucoup plus carbonés qu’en France.


Scénario 1 : réduire la demande numérique


Ce scénario repose sur une sobriété numérique assumée. Certains usages sont remis en question, en particulier ceux dont l’utilité sociale est jugée faible au regard de leur impact environnemental. Les services les plus consommateurs, dont certains usages de l’IA, font l’objet d’un encadrement strict. Cette orientation permet un ralentissement de la croissance, puis une baisse progressive des consommations électriques des data centers à long terme.


Scénario 2 : organiser et prioriser les usages


Ici, le développement des data centers se fait en concertation étroite avec les territoires. Les implantations sont encadrées et les usages numériques priorisés en fonction de leur utilité sociale, environnementale ou sanitaire. Ce scénario mise sur des synergies locales, notamment pour la récupération de la chaleur des data centers (qui peut être valorisée dans des réseaux de chaleur) et sur une limitation des tensions sur l’eau, le foncier et les réseaux énergétiques. Les consommations restent maîtrisées, sans décroissance brutale.


Scénario 3 : s’appuyer sur l’innovation


Dans cette trajectoire, le développement des data centers et des usages numériques, y compris de l’IA, se poursuit à un rythme soutenu. On mise donc sur l’efficacité énergétique, les innovations technologiques et l’utilisation d’un mix électrique bas-carbone pour maîtriser l’impact. Les consommations augmentent néanmoins de manière marquée, même si une partie de l’impact est compensée par des gains d’efficacité et par les bénéfices attendus du numérique dans d’autres secteurs de l’économie.


Scénario 4 : compenser les impacts


Ce scénario repose sur une forte expansion des usages numériques, de l’IA et des infrastructures associées, avec une régulation limitée. Les solutions technologiques sont principalement mobilisées pour compenser les impacts environnementaux. La consommation électrique des data centers augmente très fortement, en France mais surtout à l’étranger, pour répondre aux usages des Français. Cette trajectoire a une conséquence importante : elle accentue la dépendance aux infrastructures hors du territoire national.

Ainsi, la poursuite de la croissance des usages numériques pose une question centrale : jusqu’où développer les data centers sans remettre en cause les équilibres énergétiques et climatiques, ainsi que la préservation des ressources ? C’est précisément pour éclairer cette question que l’ADEME a modélisé ces cinq trajectoires contrastées.


Le numérique impose des choix de société


Les data centers ne sont ni bons ni mauvais en soi. Ils constituent des infrastructures au service d’usages qui peuvent être bénéfiques, mais aussi fortement consommateurs de ressources. Leur trajectoire dépend des choix que nous faisons collectivement et individuellement en matière de numérique. L’étude de l’ADEME ne prescrit pas une voie unique. Elle montre en revanche que le statu quo n’est pas neutre. Selon les choix opérés, les impacts énergétiques, climatiques et territoriaux peuvent varier dans des proportions considérables.


Alors, qui peut agir et comment ?


Les pouvoirs publics jouent un rôle clé. Ils peuvent encadrer le développement des data centers, fixer des normes, prioriser certains usages et intégrer ces infrastructures dans une planification énergétique et territoriale cohérente, afin de combiner un accroissement de la souveraineté numérique et une maîtrise des émissions de GES en empreinte. Les entreprises et les usagers ont également un rôle déterminant. Les modèles économiques, la conception des services numériques et le rapport collectif à l’IA influencent directement la demande. Ensemble, ces choix dessinent le futur du numérique et son empreinte environnementale.

Une question en guise de mot de la fin : Avez-vous entendu un parti ou élu politique au niveau national soulever ces questions à ce jour ? Si oui, ça m’intéresse !

 

 
 
 

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