Tweet intéressant sur l’impasse européenne par Joan Laroumec
Ce qui est en train de se passer en Europe est très simple.
Nous nous rendons compte que la social-démocratie n’était possible qu’avec une population jeune, abondante et une forte croissance économique.
Ces conditions sont finies, la social-démocratie est donc finie.
C’est aussi pour cela que nous en voulons aux boomers : quand les historiens regarderont la période 1950-2050, ils se rendront compte qu’une seule génération aura vécu et profité de la social-démocratie, cette parenthèse enchantée de l’Histoire : la génération des boomers.
Le déficit des caisses n’est pas résorbable.
Il s’accroît par centaines de milliards alors que l’on n’arrive même pas à trouver quelques dizaines de milliards sans mettre la France à feu et à sang.
Pourquoi le déficit s’accroît ?
À cause d’un cercle vicieux : de plus en plus de personnes partent à la retraite, et deviennent des trous noirs à ressources sociales et médicales.
Alors on doit détourner de la force de travail des jeunes vers les vieux.
Les jeunes devant travailler toujours plus pour les vieux plutôt que pour eux font encore moins d’enfants et la génération d’après se retrouve encore plus clairsemée.
C’est un système qui se détruit lui-même, qui souffre d’un bug fatal qui fait qu’il ne pouvait marcher que pour une seule génération.
Bien joué les boomers, vous êtes les gagnants de l’Histoire européenne.
Arrive maintenant le moment de bascule, où ma génération sent qu’elle ne sera que la contributrice nette de la social-démocratie, et que le système aura disparu avant qu’elle n’en profite. Toute personne de moins de 50 ans se demande à quoi bon cotiser, à quoi bon participer à cette mascarade sur le point de prendre fin. L’absentéisme explose, les arrêts maladie, l’émigration.
Les articles sur ces diplômés de grandes écoles qui deviennent maraîchers sont les canaris dans la mine. Même les plus avantagés cessent de jouer le jeu.
L’immigration longtemps considérée comme le deus ex machina aura été une impasse.
Aucun pays européen n’a le même logiciel que les Américains capable de se réinventer une identité intégrant les nouveaux venus.
La France qui naguère faisait remonter ses origines à Clovis, Vercingetorix ou Brennus raccourcit sans cesse ses racines en espérant brasser plus large. Mais même en faisant remonter sa mytho-histoire à 1945 ou 1981, elle n’arrive pas à construire un récit qui satisfasse ceux qui se considèrent des Français depuis 1000 ans et les enfants de la décolonisation.
Surtout nous nous rendons compte que nous entrons petit à petit dans un système de winner takes all. Une part toujours plus grande des immigrés diplômés préfère aller aux Etats-Unis profiter de salaires 3 fois plus élevés.
Si la France n’est plus qu’une sous-Amérique, ou plus précisément une province de l’Empire américain en voie d’assimilation, pourquoi la choisir ? On ne devient pas riche en traînant dans les périphéries.
Et la social-démocratie ne peut survivre sans un peu de philia, d’amour pour ses compatriotes.
Un jeune diplômé sénégalais ne doit rien au boomer français. Pourquoi devrait-il venir en Bretagne sacrifier un tiers de ces revenus pour ces personnes dont il ne sait rien ?
Il choisit de plus en plus, à raison, d’aller là où il pourra profiter au mieux de sa force de travail.
Le fait que le libertarianisme connaisse tout à coup un regain d’intérêt, que le mouvement des Nicolas émerge, n’est que le symptôme de la fin de la social-démocratie.
Le système est infinançable, alors le marché des idées réclame les moyens de cesser de le financer.
La dislocation politique n’est plus que le fruit de la fin du modèle européen.
Regardons les choses en face, la situation est critique. L’Amérique et la Chine ont décidé de nous faire la peau, nos élites ne comprennent pas vraiment ce qui est en train de nous arriver et, vae victis, notre système prend l’eau de toute part.

Je suis né Français et je mourrai Français.
Mais pour que la vie de mes enfants ne soit pas une vie diminuée, pour que la totalité des possibilités de l’expérience humaine leur reste ouverte, pour qu’ils ne sombrent pas avec notre civilisation, pour qu’ils n’aient pas à choisir entre avoir un destin désirable et rester Français, la tâche de reconstruction est immense.

Hello,
Intéressant, et partiellement juste. Des solutions existent mais, comme d'habitude il faut 1/ du courage politique et 2/ moins d'égoïsme de la part non seulement des retraités mais aussi des quadras, quinquas qui refusent d'alléger le poids de leur future retraite en préfèrant laisser leurs enfants le porter plutôt que d'accepter d'allonger l'âge de leur départ...
Pour rappel, les pays nordiques l'ont fait au début des années 90. Ce n'est donc pas un problème européen mais un problème concernant les pays avec un système de retraite par répartition seul, et qui refusent en outre les réformes nécessaires pour réduire leurs dépenses. La Suède avait un déficit budgétaire de 56% en 1992, il est de 46% aujourd'hui.
La dette française n'est pas seulement une question de déficits des systèmes de santé et de retraite, mais un problème de coûts de l'état et du mille feuille admlnistratif ainsi que de ses adminsitrations...
A un moment, il va falloir se relever les manches et nettoyer ces déficits, mais il faudra peut-être en passer par un "moment grec", ce qui serait pire que tout dans un pays où le sacrifice pour la/les générations future(s) n'est pas admis et où la compréhension de mécanismes plutôt simples d'économie est très peu répandue.
Bref, il ya des solutions, mais on en revient vite au point de départ, à savoir qu'elles nécessitent du courage politique et plus de responsabilité de la part de tout le monde.